Ça y est, la rentrée des classes, l’une des plus exotiques que nous ayons vécues, a eu lieu pour tout le monde. Avec Etienne, nous avons d’abord été accueillis par nos collègues pour la pré-rentrée de deux jours avant l’arrivée des élèves. L’ambiance était bien différente de ce que nous vivons habituellement. Tenues chics, musique d’ambiance dans la salle de réunion, café-croissant avec une file d’attente presque japonaise, présentations protocolaires, remerciements appuyés avec sifflements, mais pas de récit de vacances, pas de plaintes sur les emplois du temps : c’était à la fois connu et assez surprenant pour nous. En tout cas, nous avons, encore une fois, été accueillis avec chaleur et bienveillance.



Lundi 1er septembre, les enfants ont enfilé leur uniforme du lundi : robe vichy verte pour Mahault, bleu et blanche pour Eléonore, ensemble chemise-short pour Célestin et jupe mi-longue marine avec chemise blanche pour Apolline. Chaque enfant a 2 à 3 uniformes en plus de la tenue de sport avec des jours fixes attribués, pas facile de s’y retrouver au début. Heureusement, notre balcon donne sur l’entrée de Daniélou : tous les matins, un enfant est posté pour scruter l’arrivée des élèves et dire au reste de la famille si les uniformes choisis sont validés ou non, pratique.



Mahault a pleuré, voire hurlé, à chaque dépose-matin mais Maîtresse Aude était là pour la consoler. Elle est dans la classe de TPS avec six autres petites filles. Eléonore est entrée en CE1 et a été élue déléguée de classe le troisième jour. Elle a commencé à se faire des copines mais la grande difficulté, comme pour Apolline – et pour nous aussi d’ailleurs – c’est d’identifier et de retenir les prénoms de chacune. Ici, les gens se font appeler par leur nom de famille ou par l’un de leurs prénoms de manière aléatoire, ce n’est pas très facile de s’y retrouver, et comme toutes les filles sont en uniforme et tressées un peu de la même manière, c’est une gageure pour nous de mémoriser les identités. Apolline est entrée en Quatrième. Elle a eu une dérogation spéciale car l’établissement demande aux collégiennes de se couper les cheveux très très courts (elles sont quasi rasées en fait). Cela avait été un sujet de discussion dès le départ avec notre partenaire et ensuite avec les responsables de niveau. Apolline avait peur que les autres filles voient cela comme un privilège mais la directrice a eu la bonne idée de venir l’introduire auprès des autres élèves et de parler de la différence culturelle concernant les cheveux. Son chignon serré semble ainsi avoir été accepté sans problème par les autres filles. Elle est déjà très à l’aise avec ses camarades de classe qui lui ont réservé un vrai accueil à l’ivoirienne. Si tout le collège l’identifie parfaitement, il va lui falloir un peu de temps pour identifier tout le collège… Célestin a découvert sa petite école de quartier. La directrice avait avancé la rentrée pour s’aligner sur celle de Daniélou (la rentrée officielle ivoirienne a lieu le 8 septembre) et permettre aux enfants de se connaître. Cependant, les activités n’avaient pas été réellement pensées ou anticipées et la semaine a été plutôt flottante. Il a quand même eu un avant-goût de son nouvel univers. Il n’y a que dix élèves de sa classe, c’est une école récente qui ne remplit pas encore ses classes, d’autant plus cette année avec l’imminence des élections présidentielles redoutées par les familles dont certaines attendent novembre, si tout va bien, pour envoyer leur enfant à l’école (enfin surtout pour ne pas payer les frais « d’écolage » pour rien si le pays devait être bloqué pendant quelques semaines). Le rythme a été quelque peu déstabilisant pour Célestin : 5h de cours dans la matinée avec 10mn de récré sans jeu, sieste obligatoire après le déjeuner, leçons à copier, maître qui passe ses coups de téléphone pendant les cours, etc. On a pu en discuter avec la directrice en fin de semaine et on espère que la rentrée officielle amènera un rythme nouveau.






Quant à Etienne et moi, nous avons fait connaissance avec nos classes : 5ème, 2nde A (littéraire) et C (maths), 1ères C et D (sciences) pour Etienne et 2ndes/ 1ères A et C en Français ainsi que tous les niveaux de lycée en Latin pour moi. Il n’est pas encore possible de se faire un réel avis mais la première impression est celle d’élèves studieuses et extrêmement respectueuses des règles de politesse. Elles commencent systématiquement leurs phrases de réponse par « Madame/ Monsieur, pour répondre à cette question, je pourrais dire que… », se mettent en rang et alignées devant la classe après chaque récré (ce qui nous donne une vague impression d’être devenus des généraux de la Wehrmacht), sont faciles à mettre en activité. Apolline a eu un petit choc des cultures quand elle a vécu sa première heure de permanence autonome : « tu te rends compte, on était seules pendant 1h dans la salle et les filles travaillaient ou parlaient en chuchotant, en France, quand on nous laisse 2mn pour une photocopie, c’est le gros bazar dans la seconde ! ». On est vraiment choyés par nos collègues de discipline. Ceux d’Etienne lui ont laissé le labo avec climatisation en lui disant qu’il n’allait pas survivre dans quelques mois sinon et qu’eux avaient l’habitude de la chaleur ; les miens partagent cours et documents avec moi. Les programmes de Côte d’Ivoire sont assez similaires dans le fond avec ce que l’on peut connaître mais vraiment très différents dans la forme. Les entrées pédagogiques et didactiques sont plutôt austères et assez peu variées. Surtout, les progressions annuelles sont détaillées semaine par semaine, voire cours par cours, ce qui est un peu lunaire pour un prof français. Les directives sont très précises et protocolaires. Mes collègues ont par exemple passé 10mn de réunion pour parler des couleurs de stylo que l’inspectrice voulait absolument et sans négociation voir sur le cahier de textes des classes (si, si). On découvre aussi l’enseignement sans nouvelle technologie : pas de vidéo-projecteur, pas d’ordinateur, pas de pronote ou ecoledirecte (ça c’est plutôt agréable ceci dit), ce qui nous demande une petite gymnastique intellectuelle et professionnelle. Etienne a commencé à plancher sur l’une des raisons de notre présence ici : monter un labo de sciences et former les collègues aux TP et à la démarche expérimentale.


La semaine a été marquée par un jour férié musulman car ici on respecte tout autant les fêtes chrétiennes que musulmanes, ce qui double le nombre de jours fériés religieux. On en a profité pour se promener dans le jardin botanique de Bingerville, la commune où nous résidons et se ressourcer au milieu des arbres, les ruraux que nous sommes avaient en effet bien besoin de s’extraire du béton et des klaxons. On continue aussi de faire connaissance avec les sœurs, de découvrir le quartier et la ville, de s’initier à la cuisine ivoirienne : on a cuisiné nos premiers allokos (bananes plantains frites) et nos premières sauces gombos (légume un peu gélatineux, sorte de gros cornichon étoilé). Nous avons également rendu visite à une autre famille de volontaires, partis avec la Fidesco, sur leur lieu de mission et de vie, à Abobo, le quartier le plus populaire d’Abidjan. Arrivés l’année dernière, Jeanne et Yann sont partis deux ans avec leurs quatre enfants en tant que directrice pédagogique et responsable financier d’une école primaire et maternelle du quartier, tenue par des sœurs. Leur quartier est très peu bétonnisé et a encore l’aspect d’un village, tous les voisins se connaissent et les enfants jouent dans la rue. Grâce à eux, nous avons découvert la pâte d’arachides grillée de « mémé » qui a grandement amélioré nos petits-déjeuners. On s’habitue petit à petit à l’accent ivoirien et on commence à omettre nous aussi les déterminants quand on utilise le lexique d’ici, ce qui donne des phrases du type « j’ai préparé bissap » « tu veux attiéké ? » ; on ne rajoute pas encore le « -là » final ivoirien (tu veux attiéké-là ?) mais ça ne saurait sans doute tarder…












La météo est toujours propice aux néophytes des tropiques que nous sommes et la vie est pour l’instant bien douce près de l’équateur. A suivre.



Merci pour ces bonnes nouvelles !
Bises depuis le Congo!
Merci beaucoup pour les nouvelles!
Quelle est la prochaine étape de votre apprentissage culinaire ? Attiéké? Foutou? Hâte de goûter en tout cas
J’espère que vous direz bientôt « ié » à la place de « je », parce que c’est tellement beau…
Bonne installation, que la santé et la paix soient sur vous !
Merci Amélie de ce beau récit vivant et abondamment illustré de vos débuts comme enseignants en milieu tropical ainsi que de la rentrée scolaire exotique de vos enfants.
Certaines de vos photos nous ont rappelé avec plaisir notre voyage de 2020 en Afrique orientale ( Kenya et Tanzanie ), notamment la visite d’une institution d’enseignement pour jeunes filles défavorisées financée par un organisme privé américain et où la soif d’apprendre des élèves était évidente..
Bonne continuation !
Gérard et Christiane
(depuis Montréal, QC, Canada)