Avec la Toussaint, Noël, et les fréquentes fêtes patronales, nous avions déjà pu apprécier l’influence du calendrier religieux sur la vie quotidienne ; même pour les non-pratiquants. Avec le Carême, le phénomène dépasse tout ce que nous avions pu voir.
Le mercredi des Cendres, la ville s’est arrêtée à 17h, permettant à tous d’aller remplir les églises et sortir en arborant la croix de cendres sur le front.
Dès ce moment-là, la ville entière a arboré des fanions de couleur mauve. Du catholique pratiquant au syncrétique en passant par le restaurant chinois, tout le monde s’y est mis.






Chaque vendredi de Carême a ensuite donné lieu à une fête se déroulant à tour de rôle dans l’une des paroisses principales de la ville. Le même rituel s’y répète :
1. procession des fraternités depuis l’église vers la cathédrale
2. vénération, dans l’église, des images pieuses
3. réception de fleurs mauves séchées;
4. kermesse autour de l’église.


Le contraste est saisissant entre la dévotion dans l’église et la fête aux néons sur la parvis; entre la musique funèbre des fanfares et les bafles à tue-tête. Et comme nous avons déjà dû vous en parler, nous n’avons pas la même sensibilité au bruit : personne ne s’offusque d’entendre les deux musiques en même temps, pas plus qu’il ne se trouble des pétards à 140 décibels qui encadrent les processions.
Les processions
Ecrit par Joseph
Les processions sont des défilés avec des personnes qui portent une statue (pour la plupart de Jésus ou de Marie) dressée sur des structures en bois très lourdes.
Pour le carême il y en avait plusieurs chaque semaine et surtout les vendredis. Et le quatrième vendredi, il y en avait une plus petite ou les enfants pouvaient porter la structure, et en plus on pouvait même louer des déguisements de Romains. Et donc, ce jour-là, Gaston, Pia et moi nous sommes déguisés, et avons porté la structure en bois durant la procession.
Il y avait deux statues, une de Jésus et une de Marie. Les garçons étaient déguisés en Romains et les filles en petites Marie avec des petites robes blanches. En chemin, les équipes de porteurs se relaient.




C’était très lourd et j’ai eu un bleu sur l’épaule durant encore une dizaine de jours.
Nous sommes sortis de la petite église de la Transfiguration à 16h et n’y sommes retournés qu’à 20h après un long tour de la ville. Nous avons reçu des collations et piétiné les tapis de fleurs préparés pour notre passage. On avance à 1 km/h en se dandinant de droite à gauche.
Nous avons été récompensés par un dîner à la foire.
Les foires
Ecrit par Gaston
Au Guatemala, il y a toujours une raison pour faire la fête. Chaque fois qu’il y a une fête il y a une foire. Dans une foire il y a toujours de la nourriture (churros, papas fritas, pupusas; des crepes fourrées et du chicharron; de la peau de cochon frite ) et des jeux de foire (une grande roue, trampoline géant, pêche aux canards, jeux de fléchettes, machines à sous, autos tamponneuses).
Tous les vendredis de carême, les catholiques vont se prosterner dans les églises, reçoivent des fleurs mauves ou des bougies mauves avant d’aller s’amuser à la foire.

Nous avons été voir les processions du dimanche des Rameaux à Antigua. Une tradition colorée qui date de l’époque espagnole. L’impressionnant cortège piétine des « alfombras » ou tapis de fleurs, fruits et légumes magnifiques, et travaillés au millimètre dans les détails.






Nous avons aussi visité Salcaja, la première église d’Amérique Centrale, à côté de notre ville de Xela; et dont la procession nocture du mercredi saint est très impressionnante.




Jeudi Saint
Article de Doro
Le pays entier est en congé. Cela montre l’importance accordée au triduum pascal.
Depuis une semaine au moins, j’entends mes collègues parler de la préparation du pain, de la location du four en terre du village et du partage de ce pain. Le jeudi Saint est le jour… du pain. On en a profité pour vendre notre choco fait maison, quelques jours plus tôt. Les familles catholiques offrent ce pain jaune (style brioche) à tous ceux qui comptent pour eux. C’est ainsi qu’en se promenant dans la rue, nous en avons reçu 4 délicieux, de collègues et de parents du collège que nous ne connaissons même pas.
Le soir, nous sommes allés à la messe dans notre chère petite église épiscopale. Celle-ci a commencé par le repas de la Pâque tel que célébré par les juifs, rappelant la sortie d’Egypte : on y mange debout, le prêtre ayant la ceinture à la taille, comme pressés de quitter l’Egypte. Dans la pénombre à la lueur des bougies, nous avons partagé le pain sans levain, l’agneau et les herbes amères (qui nous rappellent l’esclavage et l’amertume de nos péchés). Nous avions eu l’occasion de vivre un moment semblable avec la communauté de l’agneau à Barcelone, il y a 7 ans, et c’était aussi magnifique. Après le rapide repas, nous entrons dans l’église pour la célébration avec le lavement de pieds; geste d’humilité impressionnant.
Le soir du jeudi Saint, la tradition veut qu’on fasse le tour des églises de la ville. Il faut en visiter au moins 5 pour que les demandes soient exaucées. J’ai croisé notre voisin, arborant un grand chapelet au cou. Je lui ai demandé combien d’églises il avait déjà visitées. Il m’a répondu qu’il sortait seulement acheter des tacos et qu’il avait déjà visité suffisamment d’églises quand il était petit. Comme quoi, l’habit ne fait pas le moine.
Enfin, pour Pâques, le mauve fait place au blanc. Ici, les cloches ne reviennent pas de Rome mais Papili et Mamili, qui nous avaient rejoints pour deux super semaines de vacances, avaient été mandatés par les cloches pour nous amener de petites surprises.
Vos récits sont magnifiques et bien écrits !
On s’y croirait !
Merci de nous permettre, par ces récits imagés et fidèles, de revivre tout ce que nous avons vu de beau et bon avec vous cinq !
Merci à Joseph, Gaston, Doro pour leurs écrits qui accompagnent les photos !
C’est beau et intéressant