Le mois de novembre se termine et nous entrons dans le temps de l’avent sans sapin ni flocon. La température monte inexorablement. Nous commençons à avoir bien chaud, la saison sèche tarde à venir cependant, certaines journées connaissent encore de fortes pluies orageuses ce qui est inhabituel apparemment à cette période de l’année et donc sans doute un effet du changement climatique, mais les nuages s’éclaircissent assez régulièrement et quand le soleil sort…nous fuyons ! Notre meilleur investissement est le ventilateur que nous avons installé dans le salon et qui nous aide à supporter la moiteur équatoriale.



Notre mois a été marqué par un enchaînement de mariages. Le premier, celui d’un collègue du primaire, de l’ethnie Agni, avait lieu à 3h30 d’Abidjan, plein Est, en direction du Ghana. L’amicale de l’établissement, très dynamique, à la croisée entre le comité d’entreprise et la « tontine » (forme traditionnelle d’économie sociale et solidaire), avait mis un bus scolaire à disposition pour l’occasion. Ici, on invite très largement pour les grandes fêtes, un faire-part sur le fil whatsapp de l’établissement et le tour est joué, nul besoin de confirmer sa présence, le nombre d’invités est approximatif. Tout le monde avait fait confectionner des vêtements avec le pagne officiel du mariage au préalable. C’est donc ton sur ton que nous avons pris le bus à l’aube avec une trentaine de collègues dans une ambiance de départ en colo : Zouglou à fond, koutoukou qui circule sous le manteau, blagues (parfois douteuses) et fous rires : enjaillement garanti comme le pays en a décidément le secret. Bon, nous avons raté la cérémonie de la dot parce que personne n’avait prévenu le chauffeur qu’il fallait prendre une piste de 30kms pour arriver jusqu’au lieu de la fête, que nous avons été bloqués par la boue, qu’il a fallu marcher sous un soleil de plomb avec les collègues dont les talons aiguilles s’enfonçaient de 10cm dans la glaise, jusqu’à ce qu’un gbaka sorti de nulle part nous récupère. Pendant que les autres pestaient un peu, on en a profité pour découvrir les palmiers à huile et l’hévéa grâce à notre collègue d’environnement (une matière que les sœurs ont introduites dans l’enseignement obligatoire). On aurait bien aimé assister à la dot quand même : elle diffère selon les ethnies mais généralement la famille du marié offre un certain nombre de cadeaux très codifiés, parfois onéreux, parfois symboliques, souvent des pagnes, des bijoux, mais aussi du sel ou des épices, à la famille de la mariée. Il y a ensuite palabre pour savoir si les deux familles acceptent le mariage -bon, en général la réponse est favorable sinon c’est dommage pour les 300 invités qui ont fait le déplacement…-. Le repas avait lieu sur une plage en bordure de lagune, carte postale de rêve à double face : sable blanc et cocotiers, mais aussi algues vertes, déchets plastiques et mousses suspectes. Les questions environnementales sont un vaste chantier… Pendant la journée, les mariés ont revêtu successivement 5 tenues traditionnelles, offertes par leur entourage. Les plats étaient comme toujours aussi délicieux que copieux, l’ambiance légère, la musique assourdissante. Le second mariage était plus classique, dans Yopougon (le plus grand quartier de la ville, rendu célèbre par la BD Aya de Yopougon), à l’église, mais tout aussi joyeux. On sent que ces moments de fête partagés ont fait faire un bond à notre intégration auprès des collègues. Rajoutons à cela deux éléments majeurs : les exploits footballistiques d’Etienne et mon nouveau look tresses/ vêtements en pagne. Explications. Chaque vendredi après les cours, certains collègues (hommes, on n’en est pas encore à l’étape de la déconstruction) se réunissent pour un maracana sur le terrain de l’établissement, souvent suivi d’une bière et d’un garba dans un maquis du quartier. Etienne qui nourrit une aversion pour le foot depuis toujours, s’est lancé malgré tout dans l’aventure et le miracle s’est produit : il a été meilleur buteur des premiers matchs et comme ici on ne plaisante pas avec le ballon rond, il a fait grimper d’un coup son capital sympathie. Les tresses et les pagnes maintenant : là où d’autres endroits du monde verraient cela comme une appropriation culturelle de mauvais goût, on sent que c’est perçu ici plutôt comme un effort visible pour s’intégrer (et c’est vrai que rester sur une chaise pendant 5h pour se faire tresser, c’est quand même un sacrifice sur l’autel de l’interculturalité !)


















Entre deux foutous de mariage on avance nos missions. Les étagères des laboratoires de Sciences sont terminées. Le matériel, modeste pour l’instant, a été trié et rangé par Etienne et ses collègues. La prochaine étape : élaborer des stratégies pour développer les activités expérimentales, qui prennent du temps, tout en respectant les exigences des programmes, en sensibilisant à la gestion d’un laboratoire et en récupérant du matériel supplémentaire. De mon côté, les échanges pédagogiques et didactiques avec mes collègues, se sont lancés ! On avance doucement mais sûrement. On apprend toujours la patience, le détachement vis-à-vis du résultat et l’humilité.






La vie quotidienne est bien installée maintenant, petit aperçu : nos journées commencent vers 6h15 (on s’en sort très bien car beaucoup d’abidjanais se lèvent bien plus tôt à cause des interminables bouchons), chacun remplit sa gourde d’eau filtrée pour la journée, s’asperge d’antimoustique (naturel), les trois grands descendent à l’école en autonomie vers 7h15 tandis que l’un des parents dépose Mahault. Célestin fait maintenant les trajets école/ maison seul, les gardiens des deux écoles veillent sur lui – enfin surtout sur les conducteurs qui font rarement attention aux piétons-. Tout le monde mange à la cantine, personne n’en est ressorti malade pour l’instant, la cuisine est délicieuse et nous permet de goûter aux bonnes recettes locales. En général Célestin récupère Mahault en fin de journée car ils finissent tous deux plus tôt que les autres. A 17h30, toute la famille est rentrée et la soirée de semaine varie en fonction de la quantité de devoirs maison donnés. Les tâches ménagères prennent dans l’ensemble plus de temps qu’en France : faire la vaisselle à la main, filtrer l’eau, faire des lessives régulières car il y a plus de poussière -et de transpiration-, organiser la lutte incessante contre l’humidité, le pourrissement accéléré et les cafards. Nous faisons de grosses courses tous les quinze jours dans un magasin-supermarché local, aux tarifs nettement plus abordables que dans les grandes enseignes françaises ou que sur les marchés alentours, et complétons avec les vendeurs de notre quartier. Nous cuisinons pour les dîners et les weekends mais pour l’instant nous n’avons pas pu dégager du temps pour apprendre à cuisiner africain avec Alice, la cuisinière des sœurs qui est pourtant très motivée pour nous former. Le mercredi, les enfants font du sport en activité complémentaire, dans les écoles : Taekwondo pour Célestin, danse pour Apolline et gym pour Eléonore. Les parents ont aussi leurs activités extra-scolaires : maracana donc pour Etienne et danse afro-contemporaine pour moi. Les visages des weekends sont très variables. Ils commencent souvent en kimono par le cours de Taekwondo à l’école de Célestin auxquelles se sont agrégées Apolline et Eléonore tandis que la suite dépend des invitations et propositions, de la température, des finances et de la motivation. Pour se déplacer, il y a plusieurs solutions : le yango en famille, sorte d’uber abdijanais d’importation russe, très pratique et plus sécurisé mais cher pour un budget de volontaires, le wôro-wôro, taxi local beaucoup moins cher et plus couleur locale quand l’un des adultes se déplace sur des trajets précis, ou le gbaka, encore plus exotique. Les deux grands ont intégré un groupe scout avec des expats français qui nous appuient pour les trajets. Ils vont donc régulièrement prendre un bol de verdure dans l’ancien camp militaire français à l’autre bout de la ville, en bord de lagune. Cela permet aussi de reconfigurer la famille. La gageure, c’est en effet de sortir de l’hexamétrie pour avoir des temps privilégiés avec l’un ou l’autre enfant, seul(e), ou en couple, pas toujours facile dans un petit appartement sans véritable relais familial ou amical mais on essaye en tout cas, et on y arrive un peu.



















Enfin, ce mois a été marqué par l’anniversaire d’Apolline, qu’elle a fêté, entre autres, avec sa directrice autour d’un attiéké/ crêpes au chocolat dans notre salon – c’est ça la surprise permanente de la mission – tandis que ses copines ivoiriennes lui ont offert des cadeaux et des petits mots.


2025 arrive donc tranquillement à son terme en t-shirt et sandales tandis qu’un Noël à coup sûr dépaysant approche. A suivre.
Trop chouette ces nouvelles.
Rassurez-vous la neige n’aura pas tenu longtemps chez nous non plus (15 jours, histoire de sortir les skis avec les lycéens, mais plus grand chose à noël…)
J’ai hâte de faire une belle partie de football avec mon ami Etienne !!!!
Nous ne sommes pas très bavards mais nous pensons souvent à vous.
Tout va bien chez nous, la vie va viiiite !!!!
Joyeux Noël à toute la famille